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PROCHAINS SPECTACLES

La Fontaine / Brassens

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27 août 2014 Le Mans (72) à 21h
Festival des chimères, jardins de la Cathédrale
https://www.facebook.com/lafontainebrassens

 

Arbon

ARBON CD TEASER 1

22 octobre 2014 L'Européen (Paris)
sortie du nouvel album "LE CAP ET LA BOUSSOLE"

www.leuropeen.info

Tél : 01 43 87 97 13

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Avant de traverser les nuages

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Depuis janvier 2008, ARBON vous invite à découvrir sur ce blog les fils qui relient ses chansons, sa vie, son travail d’auteur-compositeur, ses inspirations, ses humeurs, l’air du temps et la vie comme elle va… Pour en savoir plus: www.arbon-lesite.com
Mercredi 30 juillet 2014 3 30 /07 /Juil /2014 08:28

Mon article « Les enfants d'Hitler » a été repris des centaines de fois sur le web. La grande majorité des personnes qui l'ont lu l'ont, me semble-t-il, parfaitement compris. Certaines, hélas, non.

Pour que les choses soient claires, en me faisant l'écho de l'indignation de Gideon Levy, je ne cherche pas à suggérer que le mal serait d'un côté, et le bien de l'autre. Je ne fais que clamer (inutilement) mon effroi devant la haine et la bêtise. Ce sont elles qui me terrifient. Or elles sont partout. Chez les Juifs, chez les Arabes, chez les Allemands, chez les Gaulois, chez les Zoulous, les Tonkinois, les Patagons : chez les hommes. Lorsqu'il y a quelques mois j'ai été témoin d'une manifestation où l'on scandait dans les rues de Paris « La shoah on s'en fout ! », ça m'avait épouvanté de la même manière que les propos abominables (rapportés dans Haaretz, c'est à noter pour l'honneur de la presse en Israël) tenus par des femmes israéliennes sur la mort d'enfants palestiniens.

Ceci dit, j'aurais peut-être mieux fait de ne rien écrire sur le sujet. Eternel débat : soit on prend parti, on s'engage, et l'on risque d'aggraver les choses en alimentant l'engrenage du bruit et de la fureur ; soit on se tait, on ne fait pas de remous, en espérant que, peut-être, les choses finiront par se calmer. Je penche ordinairement pour la deuxième attitude. Mais dans certaines rares circonstances, je n'y tiens plus.

En partageant mon article sur Facebook, un certain Jean-Claude Grosse a écrit : « abominables réactions ; les mettre en avant c'est peut-être aussi ajouter de la haine contre celles et ceux qui sont contents de la mort des enfants des "ennemis" ».

Je crains qu'il n'ait raison. L'article a été viralement populaire, en partie certes parce qu'il prône la tolérance et la compassion, mais certainement aussi parce que les propos qu'il relate attisent l'indignation et le dégoût.

Que faire ?

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© Filippo Montefortea / AFP


Par arbon - Publié dans : Le fil des jours - Communauté : Chroniques du temps présent
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Lundi 28 juillet 2014 1 28 /07 /Juil /2014 08:06

Voici un article d'une lecture effrayante. Il s'agit d'un éditorial publié jeudi dernier dans le quotidien israélien Haaretz, sous la plume de Gideon Levy. S'y trouvent reproduits certains des commentaires qu'on pouvait lire sur le site israélien d'actualités "Walla" à la suite d'une information indiquant que quatre enfants palestiniens avaient été tués sur la plage de Gaza. Tous les commentateurs sont des femmes.

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Shani Moyal : « Je me fiche complètement que des enfants arabes aient été tués. Dommage qu'il n'y en ait pas eu davantage ». Stav Sabah : « Voilà de belles photos. Elle me rendent heureuse. Je ne me lasse pas de les voir ». Sharon Avishi : « Seulement quatre ? Dommage. On espérait plus ». Daniela Turgeman : « Très bien ! Il faut tuer tous les enfants ». Chaya Hatnovich : « Il n'y a pas de plus belle photo que celle qui montre des enfants arabes morts ». Orna Peretz : « Pourquoi quatre seulement ? » Rachel Cohen : « Je ne suis pas pour que des enfants meurent à Gaza. Je suis pour que tout le monde y brûle ». Tami Mashan : « Il faut que meurent autant d'enfants que possible ».

Gideon Levy relève aussi qu'à l'entrée de la petite ville de Netivot, dans le sud du pays, un graffiti dit : « Hitler aussi a été un enfant. »

Je ne suis pas qualifié pour donner des leçons de morale, ni porter des jugements sur cet indémerdable conflit israelo-palestinien. Mais je contemple l'homme, et ici la femme, déformés par la haine et la peur, et je me dis que rien n'a avancé depuis la nuit des temps, que l'histoire ne sert à rien, que si les juifs eux-mêmes, qui sont gens éduqués, et après tout ce qu'ils ont subi, se mettent à réagir avec la même absence d'humanité que ceux qui firent les pogroms et les camps d'extermination, aucune leçon ne sera jamais tirée d'aucun drame, et que si les femmes, qui sont aussi les mères, hurlent à la mort des enfants, les tragédies se répéteront sans fin.

- Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! exhortait Simon de Montfort au Moyen-âge. (De Dieu, ici, plus question.) - Tuez-les tous, enfants compris, de toutes façons Hitler lui-même a été un enfant ! crient ces femmes excédées.

Hélas... Je songe que Saint-Exupéry, à la vue d'un gamin cabossé dans un convoi qui filait vers la Russie, se tourmentait d'apercevoir en lui « Mozart assassiné ». Oui, l'homme est peut-être un Janus bifrons autrichien, Mozart d'un côté, Hitler de l'autre. Mais quelle tristesse, quelle tristesse insondable, de ne plus voir qu'Hitler, et, annihilant Mozart, de ne plus chercher qu'à assassiner Hitler à travers des enfants !...

 http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.606848

(Je veux dire ici mon admiration à Gideon Levy d'avoir la lucidité et le courage d'écrire un tel article - on en trouvera l'intégralité ci-dessous, en anglais -, et à John Whitbeck, qui l'a porté à mon attention, et qui mène un inlassable combat pour que le droit, sinon la justice, prévale dans cette partie du monde).

 

Israeli hearts are brimming with concern for Israeli soldiers in Gaza; but they have no compassion for victims on the other side, not even for children who are dying in gruesome numbers.

By Gideon Levy | 24.07.14 |

That’s the number, as of Wednesday: 155 children. On Wednesday morning, another three were killed. Ten children per day, on average. According to the UN, it’s more than the number of Hamas combatants that were killed. The Al Mezan Center For Human Rights has published the names of 132 of them. The Telegraph, a British newspaper, published a death chart, in which it included the names of children, the dates of their death and their ages. It included babies in diapers, children, and youths. Each child and the name given to them by their parents. Four-year-old Bitul, three-year-old Suhila, six-month-old Bissan, four-year-old Siraj, two-year-old Nur – these were toddlers from among the 25 members of the Abu Jama’e family, killed alongside 127 others.

The chart doesn’t lie: “Protective Edge” is “Cast Lead 2,” and it will overcome its predecessor in the amount of horrors. The chart wasn’t printed in Israel, nor will it be. There’s no place for it. We’re at war. Hamas is guilty of their deaths. Israel Air Force pilots did not mean to kill them.

But don’t fear: if the chart were to be published, it would be received with unfeeling, or even, it’s hard to believe, outright joy, by the brainwashed public in this country. “Even Hitler was a child,” reads graffiti currently sprayed near the entrance to Netivot.

The website “Walla!” published talkback comments on an article about the four children killed on the Gaza beach. Shani Moyal: “I couldn’t care less that Arab children were killed, too bad it wasn’t more. Well done to the IDF.” Stav Sabah: “Really, these are great pictures. They make me so happy, I want to look at them again and again.” Sharon Avishi: “Only four? Too bad. We hoped for more.” Daniela Turgeman: “Great. We need to kill all the children.” Chaya Hatnovich: “There isn’t a more beautiful picture than those of dead Arab children.” Orna Peretz: “Why only four?” Rachel Cohen: “I’m not for children dying in Gaza. I’m for everyone burning.” Tami Mashan: “As many children as possible should die.”

From their names and accompanying pictures, all the commenters are women. They shop in the stores near your homes, they go to the same movies and vacation spots as you. They’re Israeli. No one would think of firing them from their jobs, like they are doing now to Arabs and left-wingers. No one will condemn them, no one will attack or threaten them. They’re normal, according to the Israeli norms at least, where compassion for the other side is considered treason, and beastly criticism is considered patriotism.

But why blame the talkback ladies? Listen to the remarks of generals, politicians and analysts, as they all speak the same words, ever so sweetly.

Such diabolical talk would not be heard in any other nation. Even the most extreme remarks are sufficient in expressing the current atmosphere. Not many Israelis will try to imagine the 155 dead children as just that, children. They won’t try to see them, to think of their fate, to reflect on their sad lives and their deaths.

Israeli soldiers are fighting and dying in Gaza now, and the people’s heart is full of worry and fear for them. Nothing is more understood, human or natural. The rockets also continue to fall. But aside from those fears, there exists a complete lack of compassion for the victims on the other side, even for those children, dying in gruesome numbers, which will go down as a new record of shame, even in the Israeli record book.

The pictures coming out of Gaza – and not in the Israeli media, which begrudgingly posts them to fulfill its obligation – should upset every Israeli. It’s possible that Gazans would be happy to celebrate dead Israeli children, and despite that happiness, there haven’t been any. If we were to witness such a phenomenon, we would be shocked, and rightly so. But we can ignore the wholesale killing of dozens of Palestinian children, day after day, or perhaps even celebrate it. After all, “Even Hitler was a child.”

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.606848

Par arbon - Publié dans : Lu, vu, entendu... - Communauté : Chroniques du temps présent
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Vendredi 25 juillet 2014 5 25 /07 /Juil /2014 08:18

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Elle était très malade, il faisait beau. Les fenêtres de sa chambre, située au premier étage de la maison, sur le côté gauche, étaient ouvertes, et moi qui étais installé devant, au jardin, je l'entendais tousser d'une toux sèche et douloureuse. Ces deux rectangles dans la façade s'ouvraient sur une pénombre énigmatique, au fond de laquelle j'imaginais, sans m'y attarder trop, le corps souffrant et fatigué de cette femme, qui transpirait au fond de son lit en espérant le soulagement d'un moment de sommeil.

J'entendais aussi, par la fenêtre du rez-de-chaussée située du côté opposé, un de ses petits-fils, bon musicien, jouer du piano. Lui non plus je ne pouvais pas le voir. Vu l'éloignement des deux pièces, je ne crois pas que le son dérangeait sa grand-mère. Mais si elle l'entendait travailler, sans doute goûtait-elle ces morceaux d'une tonalité joyeuse, qui s'accordaient au ciel bleu et à la lumière fleurie de ce jour d'été.

Le reste de la famille vaquait aux occupations domestiques. Deux des filles de la malade s'activaient en cuisine, une troisième s'occupait de ses enfants et de ses neveux, lesquels jouaient sur la pelouse à l'arrière, en poussant des cris qui me parvenaient par le couloir qui traversait la maison.

Aucun occupant n'était visible, cependant je les entendais tous. La maison bruissait par toutes ses ouvertures. Jeux, agonie, piano se mêlaient, et il se dégageait de cette superposition une étrange harmonie. J'en éprouvais une curieuse sérénité. Bien sûr, personne ne croyait sérieusement qu'elle allait mourir, mais j'eus soudain la conviction que si cela avait néanmoins été le cas, chacun aurait fait la même chose, à la même place, et que l'arrangement sonore de la scène serait resté semblable à celui que j'entendais, sans la moindre altération, tant tout cela composait l'exacte musique de la vie.

Par arbon - Publié dans : Le fil des jours - Communauté : Chroniques du temps présent
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Mercredi 23 juillet 2014 3 23 /07 /Juil /2014 08:28

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En vue de la mettre sur mon prochain disque, nous avons enregistré une nouvelle version de Trucula Bonbon, enlevée et dansante. Pourquoi ? Parce que la version d'origine, avec son simple accompagnement au piano, passe très bien sur scène, mais pas sur un disque. Trop maigre. C'est la raison pour laquelle Trucula Bonbon est restée jusqu'ici absente de ma discographie.

J'étais assez content, musicalement, du résultat. Cependant, lorsque je l'ai fait écouter dernièrement à la famille de Claudine (ses soeurs, ses frères, et leurs enfants me font le bonheur de me manifester un soutien sans faille depuis le début), j'ai failli déclencher une émeute. - Non, non, non, tu n'as pas le droit de traiter Trucula comme ça ! On trouvera cette nouvelle version en ligne ici :


TRUCULA BONBON MIX 2706
par arbon

L'une de mes nièces fut particulièrement virulente, et avança une argumentation très précise : « Tout le génie de cette chanson tient à son romantisme sexuel, qui consiste à avoir placé, sans que cela soit choquant, des mots comme foufoune et bander sur des arpèges de piano. Tout tient dans cette opposition qui fonctionne miraculeusement. Trucula, c'est une sensualité tendre, un corps qui palpite à la lueur d'une bougie, l'émotion du désir, un rêve humide. Pas du chachacha. »

J'avoue avoir été secoué par cette tirade. J'ai trouvé qu'elle méritait d'être méditée. Du coup, j'ai besoin d'un temps de réflexion, ainsi que de l'avis de mes amis et lecteurs, à qui je fournis ci-après le lien vers un enregistrement live de la version d'origine, dans l'espoir que leurs avis pourront éclairer ma décision.

Trucula Bonbon aux trois baudets

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Lundi 21 juillet 2014 1 21 /07 /Juil /2014 08:11

Une amie, nous accueillant récemment dans sa maison de Provence, nous a préparé une spécialité régionale : de l'épaule d'agneau accompagnée d'épeautre, une céréale cousine du blé mais traitée en l'occurrence comme du riz.

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Ce plat m'a plu dès son nom, qui suggère l'idée d'une cuisine poétique, où les mets s'accorderaient en fonction de leur consonance.

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Samedi 19 juillet 2014 6 19 /07 /Juil /2014 08:30

Ce jour-là, lorsque nous arrivons, elle est plongée dans ses pensées, l'oeil perdu. Je n'ai pas droit au « Ah ! Bonjour mon fils » habituel. Pas de formule de politesse. Elle pose directement la question : - Est-ce que la guerre est finie ? - Quelle guerre, Maman ? - Oh, mais tu sais bien, enfin ! La bataille de Verdun, est-ce qu'elle est finie ? - Pourquoi demandes-tu ça, Maman ? - Parce que je n'entends plus le son du canon.

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Elle pose encore d'autres questions étranges pendant que nous déjeûnons. Puis, nous regardant alternativement Papa, moi, et les personnes qui nous entourent dans la salle à manger, elle dit : - Est-ce réel, tout ceci, ou est-ce que c'est un rêve ?... Et si c'est un rêve, c'est le rêve de qui ?

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Jeudi 17 juillet 2014 4 17 /07 /Juil /2014 08:26


TU AS PAS CHANGE MIX 2706
par arbon


La chanson date, je crois, de juin 1980. Je me revois en train de l'écrire dans mon appartement de Vanves, alors que j'y vivais seul ( B. puis I. s'y étaient succédé, mais cela n'avait duré que quelques semaines pour chacune), dans un moment d'inspiration comme j'en ai eu rarement, quand tout vient aisément, comme sous la dictée, paroles et musique.

J'étais facilement d'humeur nostalgique à l'époque, j'anticipais le temps qui passe, cela me plongeait dans des plaisirs vaguement sombres, et délicieux. Et j'avais couru justement ce jour-là contre la montre, parce que j'avais rendez-vous dans un restaurant du quartier latin avec trois filles, dont deux me paraissaient fréquentables, mais que je voulais finir la chanson avant d'y partir. J'étais arrivé très en retard. La chanson d'abord.

Tout de suite, dès que je l'eus chantée devant quelques amis, le lendemain ou le surlendemain, elle avait été un succès. Tout de suite elle était devenue la préférée de la bande, et pendant très longtemps elle fut numéro un de notre petit "hit parade", et c'est la chanson de moi que j'ai sans doute le plus chanté.

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Pourtant, elle n'a figuré jusqu'ici sur aucun de mes disques. J'ai essayé, depuis dix ans, à deux ou trois reprises, de la remettre à mon programme, et de lui trouver un arrangement compatible avec la qualité professionnelle de mes chansons d'aujourd'hui. Mais la vérité est sans doute que je m'en étais lassé. « J'ai pas changé j'ai pas vieilli » disait le refrain. Si.

Et puis un jour, Claudine m'a suggéré une minuscule modification. « Tu as pas changé j'ai pas vieilli ». Effet considérable. La chanson s'éclairait d'un jour nouveau : un homme et une femme se retrouvaient par delà les années, à l'autre bout de la vie. Elle prenait un nouveau sens, et une nouvelle jeunesse. Je pouvais enfin envisager de la graver sur un disque. Scott a tout de suite saisi. Il a opté pour des sonorités années 60 et 70, et un tempo allegretto.

Par arbon - Publié dans : Nouvelles chansons - Communauté : Virtuoses & cie
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Mardi 15 juillet 2014 2 15 /07 /Juil /2014 08:05

Je pense à nos amis d'Inoï avec qui nous étions il y a un an exactement, et à la session qu'ils tiennent en ce moment même, à laquelle, malheureusement, nous n'assistons pas. Je les salue tous ici fraternellement, particulièrement Maurice et Cécile, et je reproduis ici les quelques mots que l'expérience partagée avec eux m'avait inspirés, et que j'avais prononcés devant eux à voix haute, le huitième et dernier jour. Ce petit texte est intitulé : Le voile bleu.

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Vent, chaleur, cigales.

 

Au matin du premier jour, un nuage est resté accroché à la montagne. On ne voit pas le sommet. Le mystère est en place. Quand la montagne finalement se dévoile, au-dessus d’elle, un autre voile : bleu.

 

Combien de voiles me séparent ainsi de Lui, ou du meilleur de moi-même ? Combien de « koshas », de couvertures ? Cinq ? Sept ? Combien de dalles de pierre de combien de tonnes y a-t-il peut-être à soulever ?

 

Je suis venu ici, je crois, en paix. Par amour, par amitié, par curiosité. J’offrais ce séjour à Claudine, nous avons rencontré de très belles âmes. Pour moi aussi (surtout ?) ce séjour s’est révélé être un cadeau.

 

« Le salut n’est pas tant affaire de rédemption et de suivre la Loi, que de guérison de l’âme » (Saint Ephrem). C’est curieux – ou présomptueux – ou suis-je complètement aveugle ? Je me sens en accord avec moi-même. J’aime la vie, je crois savoir la savourer. J’arrive à vivre en paix dans le présent. Alors guérir... Guérir quoi ?

 

Je n’ai pas besoin de Dieu pour expliquer le monde. Le monde est. Je ne le comprends pas. Pourquoi inventer un Dieu que je ne comprends pas plus ?

 

Au contact de Claudine, je reçois quelque chose qui me dépasse. Je vois qu’elle vit quelquefois dans une dimension à laquelle je n’ai pas accès. Elle a ce cœur véhément et généreux à côté duquel le mien est un nain. Une lumière violente l’éclaire, comme parfois les ténèbres la traversent. Ce qu’elle vit me semble ardent, confus, mystérieux. Je suis à l’écart, et heureux qu’elle m’accepte à ses côtés. Tout cela m’éclaire, par intermittence, comme les reflets d’un phare.

 

Tout à l’heure, au moment de la prière universelle, j’aimerais avoir le courage de dire devant elle, et mes compagnons : « Je prie pour que Dieu existe ».

 

Au matin du huitième jour, au-dessus de nous, et en moi, un voile bleu.

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Vendredi 11 juillet 2014 5 11 /07 /Juil /2014 08:48

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Auribeau-sur-Siagne est un charmant village perché de la Côte d'Azur, situé à mi-chemin entre Cannes et Grasse. Il s'y tient depuis trois ans un festival de théâtre dans le cadre duquel nous avons eu le grand plaisir, la semaine dernière, de donner La Fontaine / Brassens. 

C'est dans la cour de l'ancienne école que nous avons joué, sur une terrasse dominant la vallée, dans la chaude lumière de l'après-midi, à l'ombre de deux vieux platanes. De la scène, nous distinguions très bien les visages des spectateurs, et je guettais avec gourmandise les sourires de satisfaction qui, de minute en minute, s'épanouissaient sur la plupart d'entre eux. Puis, comme le veut notre mise en scène, vint pour moi le moment d'une brève sortie.

Je passai derrière le léger rideau du fond de scène, et me retrouvai face à la vue. Elle s'étendait jusqu'à la mer, où les petits triangles blancs de quelques voiles se détachaient sur le bleu de l'horizon. De ce point distant naissait la courbe lumineuse des collines, animée par le vert foncé des pins, les fuseaux des cyprès, l'ocre des maisons. Plus près, sur la hauteur, contre le ciel, côté jardin, l'église profilait son clocher. L'air était délicieusement doux, une légère brise passait dans mon costume, et je me mis soudain à frissonner à la pensée de la chance que j'avais d'être là, dans cet endroit merveilleux, pour y accomplir le plus aimable travail qui se puisse concevoir : chanter, dire les plus beaux textes, et partager ce plaisir avec quelques dizaines de personnes contentes d'être venues nous entendre et nous applaudir.

Au cours du diner qu'ils nous offrirent à l'issue de la représentation, je fis part au maire et à la présidente du festival de ce moment de bonheur, et quelqu'un résuma : - C'est pas la mine.

Par arbon - Publié dans : Le fil des jours - Communauté : Virtuoses & cie
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Mercredi 9 juillet 2014 3 09 /07 /Juil /2014 08:42

Souvenir d'une répétition de La Fontaine / Brassens : ma célèbre partenaire commet un lapsus dans le Chêne et le Roseau. Au lieu de : « je plie et ne romps pas », elle dit : « je prie et ne romps pas ».

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J'aurais dû instantanément m'exclamer : - Le roseau n'est ni pieux ni pieu ! Mais je n'ai pas eu l'à-propos de faire ce bon mot, et je me contente aujourd'hui de le rapporter de manière apocryphe, comme un repentir, dans ce blog.

Par arbon - Publié dans : Lu, vu, entendu... - Communauté : Virtuoses & cie
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