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Nouvelles chansons


Ecoutez mes nouvelles chansons, et choisissez celles que vous aimeriez voir figurer sur le prochain disque en les notant de 1 à 5. En savoir plus.

Avant de traverser les nuages

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ARBON vous invite à découvrir sur ce blog les fils qui relient ses chansons, sa vie, son travail d’auteur-compositeur, ses inspirations, ses humeurs, l’air du temps et la vie comme elle va… Pour en savoir plus: www.arbon-lesite.com

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Lundi 6 juillet 2009
Je reviens sur la théorie des zébrures que j'évoquais récemment, pour verser au dossier cette photo d'un admirable specimen de mammifère prise par M Lucien Clergue.
Je ne vois pas très bien quel dard cet animal-ci cherche à éviter.

© Lucien Clergue

PS: j'adopte à partir d'aujourd'hui un rythme d'été pour ce blog: un article tous les deux ou trois jours.
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Samedi 4 juillet 2009

Le Tour de France repart, et Lance Armstrong avec.

C'est intéressant: la lutte contre le dopage commence à ennuyer tout le monde. On veut moins chercher à savoir. On ne veut plus trop analyser les sécrétions des uns et les urines des autres. On veut moins remuer la merde. On veut du sport, et surtout, on veut du spectacle.

L'an dernier, juste avant les Jeux Olympiques, était paru un petit roman sur ce sujet. Ça s'appelait "Les Jeux Libres". Devant l'ennui qui envahissait les stades, un homme d'affaires créait une compétition où les athlètes avaient toute liberté pour se préparer aux épreuves. Cachets, pilules, mais aussi os en titane et cellules souches remplissaient les sacs d'entraînement des nouveaux champions.

Le prologue de ce livre était une sorte de déclaration de principe:

A-t-on brûlé les livres de Francis Scott Fitzgerald, au prétexte qu'il était un grand amateur devant l'éternel de la dive bouteille ? A-t-on interdit les œuvres de Baudelaire, membre du Club des Haschischins, qui croyait dur comme fer qu'il avait besoin de drogue pour entrer dans la dimension artistique. Et les écrits d'Hemingway, Malraux ou Verlaine ont-ils été censurés en raison du penchant de leurs auteurs pour les psychotropes ou l'alcool ? Non, non et non ! On a laissé ces écrivains puiser dans ces substances les quelques molécules de génie qui leur ont permis d'entrer dans la légende.

Alors pourquoi refuser aux sportifs ce que l'on accorde aux artistes ? Pourquoi interdire une préparation optimale et scientifique des corps pour la compétition ? Au nom de quelle morale bannit-on les athlètes qui cherchent eux aussi le meilleur moyen d'atteindre la perfection dans leur discipline ?

 

L'action du livre se situait en 2024. Il semble qu'on y arrive plus tôt que prévu.

 


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Vendredi 3 juillet 2009
Ces derniers temps, on a beaucoup parlé de Boris Vian, dont on célébrait le cinquantième anniversaire de la mort. J'y reviendrai plus en détail dans quelques mois, lorsque sortira le livre que quelqu'un de très cher à mon coeur lui a consacré.

Je me contente pour le moment de lire toutes les choses intelligentes qu'on écrit sur Boris, et j'aime mettre en regard cette phrase de lui:

Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c'est le seul moyen de prouver qu'on a une pensée libre et indépendante...




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Jeudi 2 juillet 2009
Avant la lettre s'est arrêté.

J'y allais de temps en temps me plonger dans la beauté du monde, qui tient presque entièrement dans la beauté du regard de celui qui contemple le monde. C'est un privilège inoui, ce regard. Il régénère. Il transfigure. Et en même temps, il ne fait "que" savoir voir ce qui est là.

L'artiste qui tenait ce blog a décidé d'y mettre fin. Ceux qui suivaient sa publication sont peu à peu, comme il le dit joliment, descendus du train. Moi-même, je n'ai été qu'un très occasionnel visiteur. Mais des centaines d'heures que j'ai passées ces derniers mois sur le web, qu'est-ce qui surnage? Avant la lettre.

Il citait récemment cette phrase: « La fleur vit si belle parce qu’elle vit peu de temps et pourtant, comme elle se donne, entière, oubliant la fleur qu’elle est pour devenir élan d’offrande » (Claudio Rodriguez, Don de l’Ivresse).

C'est la même chose pour les papillons, j'imagine, et certaines variétés rarissimes de blogueurs.

© Richard Gonzalez
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Mercredi 1 juillet 2009
J'ai appris, dans un livre passionnant de Josef Reichholf intitulé l'Emergence de l'Homme, que si les zèbres avaient des rayures, c'était pour échapper aux piqûres de la mouche tsé-tsé.

Sa théorie (je la résume, et j'ignore si aujourd'hui elle est encore considérée comme valable) est que les chevaux, originaires de l'Amérique, arrivèrent en Afrique au début de l'ère quaternaire via le détroit de Behring (alors à sec) et l'Asie. Contrairement aux espèces indigènes, ils n'avaient pas développé d'immunité leur permettant de vivre avec les trypanosomes que véhicule la mouche tsé-tsé. Qu'inventa donc l'évolution? Les rayures. L'appareil de vision de la mouche distingue les animaux du sang desquels elle se nourrit en identifiant des masses sombres se déplaçant sur un fond clair. Avec les rayures, brouillage. La mouche ne voit pas les zèbres, et ne peut donc pas les piquer.
A l'appui de cette théorie, il présentait la carte de répartition des deux espèces. Là où il y a la mouche tsé-tsé sont les zèbres. Là où elle n'est pas, on ne trouve qu'ânes, chevaux, poneys.

Je tire de cette histoire une question que Reichholf se garde bien de traiter : si c'est la mouche qui fait les rayures, qui donc fait les mouchetis?

Boy and zebras © Caroline Halley
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Mardi 30 juin 2009
Un restaurant fait sa pub en utilisant cette phrase de Robert de Roquebrune, auteur québécois: "L'art culinaire est bien plus important que l'art littéraire, car on peut bien vivre sans savoir lire, tandis qu'il faut manger !"

L'argument est-il pertinent? Je crains que non. Car après qu'on a mangé, d'autres fonctions vitales entrent en jeu, qui ne donnent que très marginalement lieu à des expressions artistiques. Au cas (très incertain) où un art, sonore ou graphique, s'exercerait dans ces occasions, il ne pourrait s'agir que d'un art de l'éphémère relevant strictement de la sphère intime, et ce serait très bien comme ça.











 

 

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Lundi 29 juin 2009
Mes anciens confrères éditeurs viennent de publier un excellent communiqué sur la loi Hadopi, par la voix de leur syndicat.
Je cite:

Communiqué du Syndicat National de l'Edition du 24 juin 2009
Le récent avis du Conseil Constitutionnel sur la loi « Hadopi » consacre finalement la victoire des géants de l’Internet sur les créateurs culturels. L’accès à Internet fait désormais partie du droit fondamental à la liberté d'expression et de communication. Selon ce nouveau principe, Internet et tous les medias et moyens de communication devraient être d’accès gratuit. Or, ils ne le sont pas. En même temps, en rendant pratiquement impossible la lutte contre le piratage, les contenus culturels vont pouvoir être pillés et accessibles gratuitement. N’y a-t-il pas là une régression démocratique à refuser de rémunérer le travail intellectuel, l’œuvre de l’esprit, alors qu’on accepte de payer pour des biens matériels ou des services ?

La gratuité des contenus numériques - presse, musique, films, livres – est le miroir aux alouettes, l’appât destiné à attirer les internautes et à servir les intérêts des fournisseurs d’accès, qui se font passer pour les champions de la liberté d’expression. C’est un débat de civilisation essentiel : voulons-nous confier à terme la maîtrise de l’essentiel de nos œuvres à quelques multinationales, pour lesquelles ces « contenus culturels » ne représenteront qu’une part marginale de leur activité ? (...)


Je suis d'accord avec tout, sauf avec la première phrase: ce n'est pas la censure de la loi Hadopi par le Conseil Constitutionnel qui "consacre la victoire des géants de l’Internet sur les créateurs culturels". C'était la loi elle-même, en refusant de les mettre à contribution.


photo Stefan / Flickr citée par Francis Pisani http://pisani.blog.lemonde.fr/2009/05/13/loi-hadopi-le-mauvais-exemple-francais/

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Samedi 27 juin 2009
(lire le début : De France Culture à l'autobus)

- Eh bien, Arbon, quelque chose n'est pas clair?

- En effet, Monsieur. Il me semble que ce que vous venez de dire présente une amphibologie leibnitzienne.

Moue étonnée du prof, qui plongea dans un abime de réflexions. Stupeur de mes camarades. Etrange silence. Puis remontant à la surface de ses pensées, il me répondit par un long monologue logorrhéique d'où l'on pouvait comprendre qu'en effet, ma remarque (à mon immense surprise, puisque je ne savais pas ce que j'avais dit) s'avérait pertinente.

Sa péroraison achevée, il se tourna presque timidement vers moi. Je conservai mon sérieux, et lui dis:
-En somme, vous subsumez?
Un immense sourire s'épanouit sur son visage. C'était comme si, en je ne sais combien d'années d'enseignement, il éprouvait pour la première fois l'impression d'être compris.
-Exactement!

Fou rire de l'assistance, joie intense du professeur. Cette intervention aux effets paradoxaux me valut le prix. Mais alors que la contrepartie du prix était habituellement pour son lauréat une très mauvaise note dans la matière où il s'était distingué, j'obtins aussi, ce qui est unique dans les annales, la meilleure note de la conférence en sociologie.

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Vendredi 26 juin 2009
J'ai moi-même remporté le prix Libercier. Une fois.

J'étais tombé (tout à fait par hasard) sur une émission de France Culture à laquelle je ne comprenais rien. Cela m'avait tellement fasciné que j'étais resté à écouter ce qui se révéla par la suite être un dialogue imaginaire entre Nietzsche et Kant, incarnés par deux profs de philo qui n'avaient à mon avis pas bu que de l'eau. Et voici qu'à un moment, Nietszche, élevant la voix, dit à Kant :
- Il me semble que chez vous, la subsumation esthétique présente une amphibologie leibnitzienne.
Je pris un crayon, et notai la phrase, comme un bijou d'intellectualisme abscons.



Or on nous dispensait à l'époque des cours de sociologie qui était peu ou prou du même tonneau. Personne ne suivait les divagations métalangagières de notre professeur, et personne ne faisait même semblant de les suivre. Lesdits cours se passaient à lire le journal, et même, régulièrement (quoique la pratique fût cruelle) à jouer à l'autobus, c'est-à-dire à lire ostensiblement chacun son journal, bras tendus, en se secouant sur sa chaise comme si nous étions brinquebalés par les chaos de la route.


Un jour que mes camarades signifiaient ainsi ostensiblement leur désintérêt, je provoquai un arrêt de l'autobus en levant le doigt. Cela ne s'était encore jamais produit. Personne n'avait jamais eu l'idée de poser la moindre question. Visiblement surpris, et presque ému qu'un élève l'interrompe, le prof me gratifia d'un regard reconnaissant.
- Eh bien, Arbon, quelque chose n'est pas clair?

(lire la suite: Amphibologie et subsumation)

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Jeudi 25 juin 2009

Ma chanson sur Damiens, je l'avais assez rapidement éliminée de la liste des titres qui pourraient figurer sur mon prochain album. Elle déclenche en effet une réaction paradoxale et unanime: tout le monde trouve que c'est une chanson extrêmement forte, si forte que précisément elle n'aurait pas sa place au milieu des autres. Une amie m'avait écrit ces lignes qui traduisent très bien la réaction que cette chanson suscite:
"Je ne voudrais pas voir figurer Damiens sur un album. C’est une très belle chanson, sur le fil, qui ne bascule jamais dans la complaisance, un exploit. Mais je ne peux écouter cette chanson qu’à un moment où je suis pleinement disponible pour ne rien faire d’autre qu’écouter. Je ne voudrais pas écouter un album en boucle au volant de ma voiture ou en faisant une quiche (deux moments on le sait très propices à l’écoute de la chanson française) et me trouver face à cette chanson qui serait coincée par exemple Trucula Bonbon et la Différence du cochon (!)"

L'heure du choix définitif des titres approche. J'hésite. Je n'ai pas envie de chanter que des chansons plaisamment souriantes ou plaisamment nostalgiques. Je n'ai pas envie d'être plaisamment consensuel. J'ai aussi envie d'aspérités.

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