Ayant, dans mon précédent article, émis l'hypothèse que les belettes n'avaient pas le même penchant que les
chauves-souris pour la lubricité orale, je me suis renseigné sur leur vie sexuelle.
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Ainalem
On apprend sur Wikipedia que les belettes s'accouplent longuement, l'accouplement durant en moyenne trois heures, entrecoupées de pauses. Or, les spécialistes des chauves-souris pensent que si ces
dernières pratiquent la fellation, c'est pour améliorer la performance des mâles et allonger la durée du coït de six secondes environ: il est donc facile de comprendre que les belettes n'ont nul
besoin de recourir à cet expédient.
On apprend par ailleurs, s'agissant de la belette des montagnes, que les membres de l'espèce sont relativement solitaires ("excepté pour l'accouplement", nous indique-t-on: la précision est
bienvenue), qu'ils poussent des cris perçants et très forts, et qu'ils produisent une sécrétion très odorante à l'aide de leurs glandes anales: rien qui favorise vraiment les caresses bucales,
comme on voit.
Par arbon
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Pour qui douterait encore de l'utilité de la recherche publique, voici un bel exemple d'étude fondamentale et désintéressée: on apprend sur le
site du Monde.fr que des chercheurs chinois et britanniques, travaillant sur la vie sexuelle des
chauves-souris, ont fait cette découverte majeure: "les chauves-souris pratiquent elles aussi la fellation".
Ce "elles aussi" fait sans doute référence à l'espèce humaine, qui se croyait
jusqu'ici la seule
(quelques vicieux bonobos mis à part) à avoir des pratiques amoureuses aussi avancées. Eh bien non. L'observation de la gent chauve-souris nous incite à davantage de modestie.
Pour ma part, je trouve que cette découverte éclaire d'un jour nouveau la fable "La chauve-souris et les deux belettes" de mon camarade La Fontaine:
Une chauve-souris donna tête baissée
Dans un nid de belette (...)
On sait maintenant ce qu'elle cherchait à y faire. Et du mauvais accueil qu'elle reçut, on peut induire que les belettes n'aiment pas ça.
Notons enfin le commentaire avisé d'un lecteur de l'article: "c'est Batman qui va être content".
Par arbon
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Je me souviens d'une longue interview de Claude Lévi-Strauss, passée à la télé il y a une quinzaine d'années. Il parlait de la connaissance, de ce qui se passait lorsqu'on s'applique à savoir. Il
parlait de ce que c'était que "comprendre". Et il avait dit cette phrase merveilleuse: "Comprendre quelque chose, c'est dans le même temps apercevoir deux ou trois autres choses que l'on ne
comprend pas".
C'est un subtil éclairage apporté au "Ce que je sais, c'est que je ne sais rien", de Socrate. En réalité, plus on sait, plus on sait qu'on sait peu. L'humilité des vrais grands esprits réside dans
cette conscience intime de l'infinité de leur ignorance, ou plus exactement de l'infimité de leur savoir. Ce n'est pas une posture, une clause de style, une coquetterie: c'est une évidence, dont
certains d'entre eux parviennent à faire une élégance, qui leur donne cette démarche noble et juste dans leur traversée de la vie.
Par arbon
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J'ai assisté l'autre soir lors d'un concert à quelque chose d'assez gonflé. Le chanteur nous annonce qu'il va interpréter son "antitube". Il cite
Boris Vian, "un tube c'est long et creux", pour déclarer: " la chanson qui vient est dense et courte". S'ensuit en réalité une
chanson longue et creuse, dont je ne pense pas qu'elle constitue un tube pour autant.
En fait, l'histoire du "tube" n'est pas exactement celle-là. C'est effectivement Boris Vian qui a inventé le mot, dans une chanson intitulée "Le tube", écrite avec (et chantée par) Henri Salvador
en 1957.
V'là les accessoires pour faire un succès, dit son refrain; et les couplets égrènent: "une rue, un trottoir, une môme bien roulée, un gars, chandail noir...". C'est-à-dire une
série de clichés: pour devenir un tube une chanson doit parler à tout le monde, dans des mots simples, et assumer sa propre banalité.
Mais
Le tube ne fut pas un succès. Chanter la banalité en tant que telle n'est pas banal. L'antitube en deviendra-t-il un? En tout cas, question
lieux communs, sur l'automne et la lumière de septembre, on était servis.
Par arbon
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L'Affaire Dussaert... Pour ceux qui ne la connaissent pas encore et qui seront à Paris ce jour-là, je recommande fortement d'assister à la conférence-spectacle que donnera Jacques Mougenot le
dimanche 15 novembre 2009, à 17h00. Allez apprendre ce qu'il y a après la Joconde de Leonard de Vinci, ou après la Pie de Claude Monet, entrez dans les arcanes de l'art contemporain, et surtout,
allez découvrir l'humour exceptionnel d'intelligence de Jacques Mougenot.
C'est à l'Espace Champerret (place de la Porte Champerret), entrée et placement libre (après avoir acquitté l’entrée au Salon d’Automne : 10 euros )
Jouée au Petit Hébertot de janvier à mai 2006 puis en tournée, cette pièce a obtenu le Prix du public au festival de Dax 2007. Voici ce que la Presse en a dit:
Vous connaissez l’affaire Dussaert ? Elle mérite pourtant toute notre attention. Heureusement, le bien informé Jacques Mougenot, s’est penché pour nous sur l’histoire de Philippe Dussaert,
artiste peintre au centre d’une bien étrange polémique, passée inaperçue pour cause de guerre du Golfe. Avec une jubilation certaine, un plaisir évident et beaucoup de talent, il règle ses comptes
aux snobismes, traque les sophismes en tout genre ou tout autre « idiotisme », entre conférence et pièce. Mais L’affaire Dussaert, c’est aussi un coup de théâtre final, une sacrée pirouette, le
clou d’une soirée instructive, drôle et burlesque. Tout un tableau.
ELLE à Paris
Souvent on dit que les procès sont théâtraux ou cinématographiques, mais là l’enquête, je dirais l’instruction, que Jacques Mougenot mène autour de cette affaire Dussaert, et la manière dont il la
raconte a quelque chose qui est proprement hitchcockien ; et pour tous ceux qui pensent que le théâtre, c’est beaucoup de surprises et aussi, c’est l’endroit où le plaisir de l’acteur – et de voir
un acteur – est porté à son comble, je recommande vraiment d’aller au petit théâtre Hébertot pour voir « l’affaire Dussaert » de et par Jacques Mougenot.
Philippe Meyer L’esprit Libre (France Culture)
De rebondissement en rebondissement, le spectateur est transporté par ce concerto à une voix joué sur les registres innombrables du théâtre. Par petites touches successives, Jacques Mougenot
soulève toutes les questions que se pose le profane sur l’art d’avant-garde. Ironique, intelligent et comique…
Janick Alimi Le Parisien
Une cocasserie burlesque, pertinente et impertinente. Salutaire !
A nous Paris
Jacques Mougenot décrypte l’œuvre comme un spécialiste d’art contemporain avec tous les tics des conférenciers, leurs incidentes, leurs digressions, leur componction. Pas de doute : on s’y
croirait. Car il a beaucoup de talent, Jacques Mougenot. Et une fertile imagination. […] Bref, le spectacle de Mougenot est très bien. Et son humour vraiment ravigotant.
Jean-Luc Jeener Le Figaro Magazine
Jacques Mougenot jette là, comme sans y toucher, un regard exceptionnel d’intelligence et de cruelle lucidité sur l’escroquerie postmoderniste à la pensée.
Bernard Thomas Le Canard Enchaîné
C’est passionnant, fort pertinent et plein d’humour. A ne pas manquer.
Marie-Céline Nivière Pariscope
Par arbon
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Un grand débat national étant relancé sur l'identité de la France, il faut s'attendre à entendre beaucoup de considérations filandreuses et contradictoires, sur fond de nombreux sous-entendus et
arrière-pensées.
Il y a peu de chances que je me mêle de donner mon avis sur la question. Mais je peux tout de même, en forme de contribution, rappeler cette vérité profonde qu'énonçait récemment un élève de
lycée:
Dans le monde, il n'y a que la France qui n'est pas un pays étranger.
C'est une définition négative magistrale, qui définit la France par ce qu'elle n'est pas, et qu'elle est la seule à ne pas être. Je l'ai trouvée dans les perles du bac, et je me demande bien
pourquoi. On aura beau convoquer Jules Michelet, Ernest Lavisse et Fernand Braudel, on n'ira pas plus loin dans l'expression synthétique de notre identité.
Par arbon
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Plaisante justice qu'une rivière borne. Vérité en-deça des Pyrénées, erreur au-delà.
En cherchant sur Internet cette citation de Pascal (j'étais en discussion avec quelqu'un qui m'affirmait que l'erreur était en-deça des Pyrénées, je maintenais le contraire), j'en ai découvert une
intéressante variante: "plaisante justice qu'une rivière
borgne".
La référence au handicap visuel est assez bienvenue. On peut imaginer qu'elle se rapporte plutôt à justice, l'inconscient de son auteur désignant ainsi une justice borgne, ou louche, qui n'y voit
pas très clair. Car le torrent, ou la rivière, sont pour leur part évidemment aveugles: on le voit bien dès qu'ils sortent de leur lit et qu'ils emportent tout sur leur passage.
A moins d'imaginer que, la lumière de la vérité éclairant notre beau pays de ce côté-ci des montagnes, alors que l'Espagne est plongée dans les Ténèbres, la rivière qui marque la frontière, qui
s'appelle la Bidassoa, n'ait pour représentation allégorique une figure à l'oeil sain du côté français, et crevé du côté hispanique.
Ou alors, notre nouveau Pascal parle réellement de la rivière Borgne, qui est un affluent du Rhône qui coule en Suisse, et se fout pas mal de confondre les Alpes avec les Pyrénées, démontrant
ainsi, à juste titre, qu'aucune chaine de montagne ne peut se prévaloir à elle seule d'être la frontière de l'erreur.
Par arbon
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On associe généralement les castagnettes aux danseuses de flamenco. A des gitanes belles, ardentes, souveraines, intraitables.
Récemment pourtant, au cours d'une soirée amicale et pleine de chaleur, j'ai vu un homme mûr en jouer. Il chantait en dansant. Sa danse était noble, tendre, toute violence abolie. Son corps lourd
était rempli de grâce, et dans ses yeux vivait un bonheur qui semblait venir de très loin. C'était inattendu, et bouleversant. J'ai pris une mauvaise photo avec mon portable. Il nous offrait
quelque chose d'impossible à décrire, une figure évanescente et gaie de la bonté, la possibilité d'une humanité généreuse, une rafale merveilleuse et claquante d'espoir.
Cet homme s'appelle Juan Tajes, c'est difficile de ne pas l'aimer.
Par arbon
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L'esprit scientifique en vogue au XVIIIè siècle et l'essor de ce qu'on appelait "l'histoire naturelle" ont conduit les philosophes et certains gens de lettres à considérer l'homme non plus comme
une créature divine, voulue et élue par Dieu, mais comme une espèce animale comme les autres. Ce qui a amené Beaumarchais à faire énoncer par un de ses personnages (le Mariage de Figaro, Acte II
sc21) cette vérité naturaliste:
Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes.
(Le tabac n'était pas encore trop répandu à l'époque, sans quoi il aurait ajouté "fumer".)
Le propre de l'homme est donc de forcer sa nature, pour tout ce qui peut lui donner du plaisir. Ce que reformule à sa manière Clement Freud, un talentueux touche-à-tout anglais disparu récemment,
par ailleurs petit-fils du Dr Sigmund: "Si vous arrivez à arrêter de fumer, boire et faire l'amour, vous ne vivrez pas plus vieux: ça vous semblera juste plus long".
Ceci dit, si vous faites tout ensemble sans retenue, ça risque quand même d'être sensiblement plus court.
Par arbon
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"Vos opinions sur l'art moderne, je vous conseille de les utiliser en suppositoires" est certainement l'une des plus belles répliques des Tontons Flingueurs (Michel Audiard / Georges Lautner).
Il se peut que l'état-major d'Al Qaida ait visionné le film récemment, car il vient de procéder à un rapprochement inédit entre "flinguer" et "suppositoire". Si j'en crois les infos, un kamikaze
vient en effet de se faire sauter dans une réunion en Arabie Saoudite en déclenchant avec son téléphone portable une bombe qu'il s'était préalablement calée dans le rectum.
Avec cette innovation, on peut dire que, terroristes comme anti-terroristes, tout le monde l'a dans le cul, au propre et au figuré. Car ainsi positionnée, la bombe est indétectable par les moyens
usuels.
Que cela ne nous empêche pas de saluer au passage les avancées réalisées par Al Qaida en matière de miniaturisation.
Par arbon
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